une certaine instabilité émotionnelle

Exposition solo / Solo Exhibition
16 avril au 6 juin 2015 / April 16 – June 6, 2015
Battat Contemporary, Montréal

1.
Les rues sont pleines de maisons qui ne sont pas la mienne. Je viens de nulle part. D’ailleurs. De partout. De tous les lieux où je vous ai croisés. J’avance comme si j’étais le personnage du rêve d’un autre. Une jambe après l’autre, d’un pas décidé, les images diront le reste.

Je ne me souviens de rien. Comment sont disposés les meubles. S’il y a des fenêtres. Il me reste, paraît-il, un couvre-lit, une lame coupante, un pouls rapide, des perles, des cheveux. J’ai depuis longtemps perdu de vue leur couleur.

Quelque chose s’est passé. Pourtant, je me réveille toujours la même, dans la même pièce, dans le même lit, sous les mêmes draps. Je collecte et rassemble les choses. Je les étale autour de moi, juste au cas où. Je ne me reconnais pas. Ça n’arrive pas à me surprendre.

Les images ne disent rien des drames qu’abrite le quotidien. Il y a des corps qui disparaissent. J’aurais dû faire des phrases pour les retenir. J’essaie de faire des phrases. En soliloque, j’arrive exactement à la phrase que j’aimerais vous dire, mais je suis incapable de la partager. On fait des phrases, mais on ne dit rien.

2.
Les rues seront pleines de maisons qui ne sont pas la vôtre. Vous viendrez de nulle part. D’ailleurs. De partout. De tous les lieux où vous m’aurez croisée. Vous avancerez comme le personnage du rêve d’un autre. Une jambe après l’autre, d’un pas décidé vers quelque chose, mais vous ne reconnaitrez rien. Ni les rues, ni les maisons qui les peuplent.

Vous ne saurez plus comment sont disposés les meubles. S’il y a des fenêtres. S’il vous reste un lit, un pouls, un corps. Vous ne vous souviendrez plus de la couleur des murs. Vous aurez depuis longtemps perdu de vue votre existence.

Quelque chose s’est passé, mais vous ne saurez pas quoi. La maison abrite aussi des drames, pas que du quotidien. Vous vous réveillerez dans le même lit, sous les mêmes draps. Vous ne vous souviendrez plus de la veille. Vous étalerez les preuves autour de vous. Vous aurez peur de ne plus vous reconnaître. Pourtant, vous vous reconnaîtrez. Ça n’arrivera pas à vous surprendre.

On vous dira de faire des phrases. Faites des phrases! Vous essaierez de faire des phrases

 ***

1.
The streets are full of houses that are not mine. I come from nowhere. From elsewhere. From everywhere. From all the places where our paths have crossed. I move as if I were a character in someone else’s dream. One foot in front of the other, my step firm; let the images tell the tale.

I remember nothing. How the furniture was arranged. If there were windows. All I have left are a bedspread, a honed blade, a rapid pulse, pearls, hair. I’ve long ago lost track of their colour.

Something happened. Yet I always wake up unchanged, in the same room, in the same bed, under the same sheets. I collect and organize my things. I lay them out around me, just in case. I don’t recognize myself. This does not surprise me.

The images say nothing of the drama that exists in the mundane. There are bodies that vanish. I should have made up sentences to hold onto them. I try to make up sentences. In soliloquy, I stumble upon the exact phrase I’d like to say to you, but I am incapable of sharing it. We make up sentences, but nothing is really said.

2.
The streets will be full of houses that are not yours. You’ll come from nowhere. From elsewhere. From everywhere. From all the places where you’ve crossed my path. You’ll move like a character in someone else’s dream. One foot in front of the other, your step firm and heading places, but you’ll recognize nothing. Not the streets, nor the houses that populate them.

You will no longer remember how furniture was arranged. Nor if there were windows. Nor if you still have a bed, sheets, a pulse, a body. You will no longer remember the colour of the walls. You’ll have long ago lost track of your own existence.

Something happened, but you’ll no longer remember what. The house holds drama too, not only the mundane. You’ll awaken unchanged, in the same bed, under the same sheets. You’ll have no memory of the previous night. You’ll lay out the evidence around you. You’ll be afraid you’ll no longer recognize yourself. Yet you will recognize yourself. This will not surprise you.

You’ll be asked to make up sentences. Make up sentences! You’ll attempt to make up sentences.

Texte de Céline Andréa Huyghebaert suite à une invitation de l’artiste Sophie Jodoin autour de l’exposition « une certaine instabilité émotionnelle » / Text by Céline Andréa Huyghebaert following an invitation by artist Sophie Jodoin for her exhibition “ une certaine instabilité émotionnelle”.  Translated by Erin Moure.

Reviews: Le Devoir, Canadian Art, MOMUS